Renaissance ?

 

Comme je me le répète très souvent, sans la greffe, je n’aurais jamais vu 2018. Et pourtant je vis. Ensemble nous avons combattu. Nous avons réussi notre guerre commune. Une bataille cruciale que nous avons gagnée. Aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai accompli. Près de quatre ans de grosse baston menée tambour battant, avec l’énergie et les moyens du moment. Malgré une atmosphère terriblement pesante, chargée à ras-bord de fatigue ininterrompue. Aujourd’hui, quand je jette un œil dans mon rétro intime, je bombe machinalement mon torse, je me tiens un peu plus droit. Je suis venu, j’ai vu, j’en ai bavé mais j’ai gagné – excuse-moi, Jules, pour ce léger détournement de ta célèbre formule…

Il arrive régulièrement, quand un ami me demande comment je me sens, de lui répondre que je suis en meilleure forme qu’avant la maladie ! Logique. Dans mon « autre » vie, j’étais du genre à ne jamais m’écouter, j’allais au boulot avec un bon 39° de fièvre, je ne me préoccupais pas de l’état de ma peau, de mes cheveux et du reste : je laissais ça aux précieux… Quant au sport, n’en parlons pas, j’étais adepte de la citation de Churchill. Comme j’aime à le préciser, quand je m’en vais courir, je ne fais pas de sport, je m’entretiens : nuance ! Ces dernières années m’ont appris à prendre soin de ma santé, de mon état général. J’imagine que pour résumer ce qui s’est produit, j’ai appris à me montrer égoïste. Tenir compte de ma personne en priorité. Je te rassure tout de suite, je n’en suis pas devenu un monstre pour autant. Nul retournement de veste dans mes habitudes : je cultive simplement un égoïsme de sécurité…

 

L’année 2015 symbolise mon nouveau départ. Le terme renaissance que j’ai souvent utilisé est peut-être un peu trop excessif. Je reprends le cours de ma vie avec de nouvelles armes, une nouvelle philosophie. Quand on savoure un verre d’eau du robinet parce qu’on a dû se contenter de la version minérale trop longtemps, quand on se jette sur un morceau de roquefort dont on a rêvé plus d’un an, quand on se délecte d’une savoureuse tranche d’entrecôte bien épaisse et saignante après avoir mâchouillé trop de semelles sur-cuites, l’ordre des priorités change dans l’existence. J’ai encore très présent dans mon esprit mon retour après la chambre stérile, quand je me faisais plaisir en ouvrant une porte ou  une fenêtre… La vie revêt alors une couleur, une odeur et une saveur insoupçonnées auparavant.

 

Demain, un mot qui paraît si banal

 

« Je vois la lumière au fond du tunnel. Elle m’éblouit. Elle m’aveugle. J’ai mal aux yeux. Comme un enfant qui vient de naître, je dois apprendre. Supporter les autres, sortir de chez moi, m’ouvrir à la vie. »

Durant quatre années, j’ai réappris cette normalité. Être normal. Pas simple. Mes épaules sont alourdies par le poids du combat passé. Mon vocabulaire s’est appauvri. Les mots demain et avenir avaient disparu. Comme il m’est malaisé de les employer à nouveau. Leur sens m’échapperait-il ? Vivre, voici la chance qu’une équipe soignante et un donneur au grand cœur m’ont offerte. Hors de question que je les déçoive. Je leur suis infiniment reconnaissant. Je prends soin de moi et pour la première fois de mon existence, je me sens égoïstement précieux. J’élabore de nouveaux projets de vie.

A long terme, je dois entretenir coûte que coûte cet organisme nourri par un sang tout neuf dont on m’a fait cadeau : je cours, je m’acharne sur mon vélo d’appartement, je manie les haltères. Je continuerai d’écrire, je ne conçois pas une existence sans un carnet, un crayon ou un clavier. Je vais enfin pouvoir lire des ouvrages qui exigent une attention un peu plus soutenue. Je compte aussi conclure ma carrière professionnelle avec énergie et persévérance.

Ce printemps 2016 a représenté MON printemps bien que j’aie déjà les deux pieds bien ancrés dans l’automne de mon existence. Un unique objectif me guide : redevenir normal… et le rester !