Voir ses enfants entrer dans le monde des adultes…

 

Un des plus grands  changements que j’ai ressenti s’est produit à la mi-juin 2016 quand Clément nous a annoncés qu’il était diplômé. Le 1er septembre suivant, Arnaud obtenait son CDI an service de radiothérapie de l’hôpital de Chambéry. Immense fierté, en douterais-tu ? Le temps de digérer l’information et une évidence m’a aveuglé : nous venons d’achever l’éducation de nos trois enfants.

 

Le 1er décembre, toute la famille se transporte à la faculté de pharmacie de La Tronche pour assister à la soutenance de la thèse de doctorat de Clément : « Information sur le don de moelle osseuse en France : rôle de la pharmacie d’officine ». Et hop, on replonge dans le bain ! Ce fut un moment très émouvant, d’autant que les toges et les hermines étaient de rigueur.

 

La vie reprend ses droits

 

Oui, la vie a repris ses droits. La vie quotidienne dans toute sa normalité rassurante. Certes le pilulier est là pour rappeler qu’il faut encore se montrer prudent. La reconstitution immunitaire n’est pas complètement accomplie, elle prend son temps, le temps qu’il faut. Deux consultations annuelles me rappellent que je ne suis pas encore entièrement sorti d’affaire. Bon, ça me permet de retrouver mon chauffeur de taxi préféré.

 

Vivre cette deuxième vie est en soi une nouvelle aventure. Depuis 2012, j’ai le sentiment que mon ancienne existence a subi un énorme coup de balai. Au revoir Gilles, bonjour Gilles. Ancien instit pour l’un, jeune retraité pour l’autre. Je reconstruis sur les décombres. Pierre par pierre. Habitudes, emploi du temps inédits. Au fond de moi-même, je n’ai guère changé. Je découvre juste que l’on peut évoluer sans la pression des délais professionnels.

 

Naissance d’Alice

 

4 juillet 2017, une date fondatrice ! Ce jour-là, je suis devenu… grand-père. Ma petite Alice est née à l’Éveillon, là où, cinq ans auparavant, je recevais avec soulagement les transfusions sanguines. Avec cette arrivée, j’ai ressenti un nouvel élan, une authentique raison de vivre supérieure aux autres. À présent, je vis pour elle. Moi qui n’ai pas connu mes grands-pères, l’un décédé avant la naissance, l’autre disparu l’année de mes cinq ans, j’imagine le rôle qu’ils auraient pu jouer près de moi, le rôle que j’aurais aimé qu’ils jouent.

 

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis jamais réellement sorti de l’enfance. J’ai conservé cette naïveté propre aux gamins. Je me sens d’autant plus à l’aise avec ma petite Alice. À faire le pitre, à coups de mimiques, de grimaces, de gesticulations. Et quand je vois ce bébé me fixer de son regard étrangement profond, je ne peux retenir une intense émotion. Je pense à ce cadeau magnifique que m’ont fait les médecins, les infirmières, les aides-soignantes, mes ninjas du MBE4 : connaître Alice !