Un personnel très avenant... qui fait mouche ! (1er juillet 2015)

« L'autre jour, je regardais une émission à la télévision : on y voyait un manager formant de futurs vendeurs d'une grande enseigne commerciale. Une phrase fait tilt dans mon esprit : "Et surtout, saluez les clients que vous croisez !"

Au pavillon d'hématologie Marcel Bérard de Lyon-Sud, ma deuxième "maison" durant pas mal de temps, il est une habitude que j'avais notée puis enfoui dans un recoin de ma mémoire. Dès que tu rentres dans le hall d'accueil, que tu chemines vers ton service, par les escaliers ou l'ascenseur, tout au long des couloirs, dans les salles d'attente, chaque membre du personnel soignant qui te croise te regarde et t'adresse un "Bonjour !" bien senti. Franc et massif.

Au point que les "habitués" du coin, nous, les patients, nous avons pris le pli de saluer toute personne, soignant, malade ou famille. L'atmosphère, toujours assez pesante si l'on tient compte de la gravité des cas, s'allège, se fait alors plus humaine, plus souriante.

Comme quoi le bien-être, c'est simple comme un Bonjour ! »

 

Qu'il est bon de se sentir tous les jours un peu plus fort ! (8 juillet 2015)

« Oh oui, qu'il est bon d'enregistrer des progrès, à mesure qu'on s'éloigne de la greffe et de la maladie.

Il y a trois ans, alors que nous nous rendions, mon épouse et moi, dans un centre commercial, je me suis retrouvé subitement dans l'incapacité d'intégrer les nombreuses informations, face à un grand rond-point. J'avais le sentiment de ne plus rien maîtriser. Le soir-même, devant le danger que je représentais au volant, j'ai décidé de ne plus conduire. Raisonnable et respectueux de la bonne santé d'autrui. C'était un malaise causé par l'insuffisance de globules rouges dans mon sang.

Après ma première sortie dans une salle publique, mon premier bain de foule, mon premier resto, j'ai pris mon courage à demain - euh non, à deux mains - et j'ai décidé, à l'occasion du retour d'un voyage dans le centre de la France, de prendre le volant. Sur autoroute, histoire de me faciliter la tâche. Et lundi, j'ai conduit durant plus de deux heures, en gros de Montluçon à Lyon.

Quelle fierté ! Tout le monde se réjouissait dans la voiture - quel courage, moi, à leur place, je n'aurais pas été rassuré ! Au point que mon fils a pris une photo qu'il a immédiatement diffusé au reste de la famille... Pourtant, j'ai quand-même senti un certain malaise : il va falloir que je m'accroche pour conduire d'une manière plus relâchée.

Voilà, l'après-greffe, c'est une succession - lente - de petits progrès qui conduisent tout simplement à... la normalité ! »

 

Journée de repos sur le Tour de France (22 juillet 2015)

« Tu dois te demander pourquoi je parle du Tour de France... Quel rapport avec le thème de ce blog ? Eh ben lis donc et tu verras !

Le lendemain de ma sortie à Lyon, j'avais un nouveau rendez-vous médical. Dans une clinique chambérienne dont je tairai le nom, parce qu'elle est privée et que je préfère de loin les hôpitaux publics. Bon, on ne va pas ouvrir une rubrique "convictions" par ici, on a d'autres chats à fouetter !

A la demande de mon hématologue, je suis allé voir une cardiologue - le mien a pris sa retraite - en avril dernier, à l'occasion du bilan de ma première année de greffe. Pour compléter son diagnostic - qui était, je te rassure tout de suite, très bon - elle m'a gentiment organisé une sortie vélo. Du moins un ECG d'effort sur cycle. Elle procède à ces examens dans la fameuse clinique, donc je m'y suis rendu hier. Sous la canicule...

Jour de repos sur le Tour de France mais pas pour moi. J'ai fait ma petite étape. Comme je lui faisais remarquer, mes prouesses du jour ne pourraient être homologuées si l'on tient compte des doses considérables d'EPO que l'on m'a injectées dans un passé récent.

Elle a poussé le test jusqu'à "épuisement"... mais a noté que je n'étais pas très essoufflé. Juste les cuisses en feu qui ont décidé de brandir le drapeau blanc. Au terme de cet exercice, elle a tourné l'écran de son ordi vers moi, me désignant sur les enregistrements quelques repères du bout de son stylo, et concluant "C'est un très bon test, d'autant plus que vous êtes diabétique. Sans oublier que vous avez longtemps fumé.»

Comme le dirait mon fiston : "Merci la course à pied !"

Bon, les toubibs, ça suffit ! C'est la trêve jusqu'au 31 août... et je compte bien en profiter EN LES OUBLIANT QUELQUES SEMAINES !!! »

 

Jour de (ma) rentrée... (4 septembre 2015)

« Il était treize heures trente quand je suis parti de la maison, à pied. Un petit cartable en bandoulière... Destination ? L'inspection académique. Vingt-cinq minutes plus tard, j'y retrouvais un collègue de longue date. Responsable informatique. Et c'est dans son service que nous nous sommes rendu.

Dans le cadre de mon congé de longue durée, afin de me permettre de retrouver toutes mes capacités professionnelles, je bénéficie depuis aujourd'hui d'un dispositif très adapté : l'occupation thérapeutique. Après avis favorable du Rectorat, le médecin du personnel de l'Éducation m'a proposé une affectation qui serait très appropriée pour moi. J'ai suivi son conseil.

Pour la reprise, je ne me rends au travail qu'une demi-journée par semaine. Puis, quand je me sentirais prêt, on pourra ajouter encore une demi-journée, et ce jusqu'à la limite d'un mi-temps. Il n'y a aucune espèce d'engagement, le système est basé sur une "rééducation" très progressive. Du sur-mesure !

Mon collègue m'a affecté un vaste bureau, à côté du sien, il y a fait installer un ordinateur. Ma mission consiste à dénicher des pistes pédagogiques sur le net afin de faire gagner du temps à mes collègues enseignants. Ainsi qu'à comparer des matériels, ce qu'il appelle la veille technologique. Enfin je vais pouvoir me rendre UTILE après une longue pause de trois ans et demie.

2015 est l'année de toutes les victoires. Je ne risque pas de l'oublier un jour. De la rémission complète de ma p... de maladie jusqu'à cette "rentrée" dans le monde professionnel, que de joies ! Certes le chemin est encore long avant que je ne rentre dans cette normalité que j'espère depuis si longtemps. Tu sais quoi ? Être normal, tout simplement normal, qu'est-ce que c'est beau !!! »

 

Un commentaire qui me touche beaucoup (26 novembre 2015)

« Quand j'ai ouvert cette page, j'ai décidé que les commentaires de mes lecteurs ne seraient pas affichés et que je les garderais pour moi. Aujourd'hui, je transgresse cette décision. Tu comprendras vite pourquoi !

Il y a deux jours, j'ai reçu une alerte m'avisant qu'un commentaire avait été déposé à la suite de l'article "Un an jour pour jour". Et voici ce que j'ai découvert :

"bonjour ! ben ca alors ! je pense que vous avez occupé la chambre que j ai eu le 8 mai pour une greffe de moelle aussi, avec ma sœur !! la 310 ! ma greffe a eu lieu le 22 mai 2014 et elle a bien réussie !! j ai eu de nombreuses complications post-greffe, je viens de passer 3 semaines en réa. mais je suis encore la !! dur dur ! je viens de commencer les vaccinations avec le dr adel de la croix rousse... j espere que vous allez bien la vie continue !!"

Voilà, un (ou une ?) compagnon de greffe, en léger différé de 42 jours. Chaque matin, on a partagé le même réveil, le même panorama dans cette chambre mauve, la même vue sur les allers-retours des taxis, des ambulances, la même grimpette des voitures de ceux qui bossent à l'hôpital le long de la rampe d'accès... et certainement les mêmes infirmières, aides-soignantes, internes et médecin, celles et ceux que j'appelais affectueusement mes "ninjas"...

Toi qui m'a laissé ce commentaire, si tu désires que nous échangions quelques pensées hématologiques, laisse-moi un commentaire en indiquant ton adresse mail, je ne manquerai pas de te répondre. Oui, tu as bien raison de le dire, de le clamer bien haut : LA VIE CONTINUE ! »

 

Petites victoires... mais grand bonheur au final (15 décembre 2015)

« La semaine dernière, j'ai encore enregistré une petite victoire. Ma bataille contre la maladie, puis les effets de la greffe, ne cesse de se gagner, au quotidien, au moyen de petites touches, comme un peintre qui, coup de pinceau après coup de pinceau, finalise son chef d'œuvre.

Tu sais que j'ai repris une forme de travail depuis le mois de septembre, la fameuse occupation thérapeutique. Eh bien j'ai décidé, fin novembre, de demander au Rectorat d'ajouter une demi-journée supplémentaire. C'est ainsi que jeudi dernier, je me suis rendu à l'Inspection académique le matin puis que j'y suis retourné l'après-midi. Ma première journée complète de labeur depuis trois ans et neuf mois !

Comme je m'y rends à pédibus et que je rentre à la maison pour déjeuner, je m'entretiens en parcourant huit kilomètres... Bon, je veux bien l'avouer, j'étais quelque peu crevé, jeudi soir, quand je suis rentré chez moi. Mais comme le dirait ma maman, "c'est une bonne fatigue" ! Et je n'étais pas peu fier d'avoir réussi un challenge supplémentaire, d'autant que j'y suis retourné vendredi après-midi sans problème.

Tu vois, toi qui me suis depuis ma greffe dans ce petit blog sans prétention, des gestes, des habitudes, des réflexes anodins pour des personnes en bonne santé revêtent pour les moins chanceux une importance insoupçonnée.

Tiens, en bonus, j'ajoute à mon billet la remarque que mon chef de service a notée sur un message qu'il m'a envoyé dès qu'il a appris que je modifiais mon emploi du temps : Si c'est pas beau ça. Se réjouir à l'idée qu'un collègue va travailler plus ! »